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Zola l'Argent : les personnages - 4ème partie PDF Imprimer Envoyer
Comprendre la crise - Littérature
Écrit par Jean   
Mardi, 26 Janvier 2010 16:29

Après  l'article 1 ou l'article 2 pour les personnages masculins, ainsi que l'article 3 pour les personnages féminins, intéressons-nous à un enfant : le petit Victor.

Ce personnage n'est pas n'importe qui : c'est le fils naturel de Saccard ! Encore un épisode à porter au passif de cet individu qui n'en avait pas besoin pour avoir mauvaise réputation.

Notre Aristide, qui évoluait à l'époque sous le nom de Sicardot, a violé Rosalie, une pauvre fille — qui était aussi une fille pauvre — avec une telle brutalité qu'elle a eu l'épaule démise et en restera handicapée. On le voit, Zola n'y va pas de main morte ! Un tel drame, une telle faute ne sera pas oubliée : Saccard a laissé à la mère le Rosalie une reconnaissance de dette et il a surtout laissé Victor, l'enfant du malheur.

Grâce à quelques indices : l'écriture sur le billet qui est ressemble à celle de Saccard et surtout Victor qui, lui aussi, ressemble trait pour trait à son père — le destin veillait !

Ces éléments sont entre les mains de deux individus peu recommandables : Busch et la Méchain. Ceux-ci vivent de chantage : ils récupèrent — à vil prix — les billets et reconnaissances de dettes abandonnés par des créanciers qui ont perdu tout espoir de se faire rembourser, puis ils recherchent les débiteurs ou leurs ayants droits et les persécutent jusqu'à en tirer, sinon le remboursement de la dette, du moins quelque argent. Ce qui est tout bénéfice, puisque les papiers en question ont été récupérés pour une bouchée de pain. 

On trouve là — mais caricaturée à l'excès — une image de l'activité des sociétés de recouvrement de créances.

Revenons à l'intrigue : Saccard est mal parti ! Non seulement, il devra rembourser dette et intérêts, mais il y aura le cas Victor à régler. C'est un "enfant épouvantable" qui "finira sur l'échafaud".

Et Victor tiendra ses promesses et sera l'acteur principal d'un des drames du roman. Voyons plutôt : la Méchain, complice de Busch, veut faire chanter Saccard. Elle a la bonne idée de s'adresser plutôt à Caroline (voir article 3). Très choquée, Caroline va vouloir racheter la faute de son ami. Elle décide donc de placer Victor dans une institution : l'Oeuvre du Travail, fondée par la princesse d'Orviedo (voir ce même article 3). 

Ainsi placé, Victor va donner beaucoup de mal aux éducateurs. Il est très violent : il a "presque mangé l'oreille à un camarade ". Son comportement va démontrer qu'Aristide Saccard est un bien triste individu, dont les défauts vont se transmettre par hérédité (il n'a jamais été en contact avec Victor). L'enfant épouvantable va violer et presque étrangler Mlle de Beauvilliers. Il réussit à se sauver, "le monstre était lâché par le monde, à l’avenir, à l’inconnu, ainsi qu’une bête écumant du virus héréditaire, qui devait élargir le mal à chacun de ses coups de dent", mais "il serait toujours temps de retrouver un jour ce bandit sur l’échafaud".

Voici un des éléments clés du roman : l'association entre le sexe et l'argent, tous deux associés au "mal", par nécessité. Plus précisément, l'idée que dans ces deux domaines, non seulement le "mal" est et sera toujours présent, mais qu'il est même indispensable. Ainsi, Saccard qui est — c'est évident — obsédé par le sexe et par l'argent va donc commettre des actes que la morale condamne.

Le double message de Zola est que le côté "noble" — la procréation ou la croissance économique — a besoin de son "fumier" pour se développer. "Sans la luxure, on ferait beaucoup d'enfants ?", demande le cynique Saccard et il ajoute, de même que, "sans la spéculation, on ne ferait pas d'affaires".