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S'endetter, mais jusqu'où ? PDF Imprimer Envoyer
Comprendre la crise - Autres sujets
Écrit par Jean   
Dimanche, 21 Février 2010 18:25

Les dettes publiques — celles des États — font peur. Tout d'abord, parce que l'endettement en lui-même fait peur. Pourtant, la dette est un outil tout à fait indispensable : elle permet aux États, d'investir et de croître. Bien entendu, il faut rester dans les limites du raisonnable et l'on sait bien que l'excès d'endettement peut conduire à la faillite.

Mais comment fixer les limites ? Pour des particuliers, le principe consiste à comparer remboursements et revenus — les sorties ne doivent pas dépasser un tiers (30 %) des entrées. 

Pour les États, on n'est pas aussi regardant : la comparaison entre la dette et le produit intérieur brut (PIB) donne des niveaux bien différents *.

Peu de pays sont au-dessous des 30 % : Indonésie, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud, Pérou, Tanzanie... jusqu'à la Guinée Équatoriale qui devrait pouvoir se vanter de son 1,1 %.

À l'exception notable de la Chine (18,2 %), il est facile de constater que la plupart de ces pays, si peu endettés, sont loin d'être ceux qui ont les plus fortes croissances.

Voici qui devrait facilement convaincre qu'une dette relativement imposante n'est pas un signe de mauvaise santé. Rappelez-vous : on ne prête qu'aux riches.

Toutefois, il ne faut pas en abuser : 80 % semble être la limite acceptable avant une dégradation de la note du pays en deçà du glorieux "AAA".

Inversement, qui sont les "champions" ?

On peut citer : le Japon (192 %), le Liban (160 %), l'Italie (115 %), la Grèce (108 %), l'Islande (100,6 %), la Belgique (99 %).

Et nous ? La France avec ses 79,7 % se tient juste sous la limite.

Faut-il s'affoler ? Il vaut mieux rester calme pour deux raisons.

Tout d'abord, il ne faut pas regarder que le passif. En effet, le calcul est effectué à partir de la dette brute : c'est-à-dire sans tenir compte des actifs.

Pour comprendre, revenons sur l'endettement des particuliers : prenons deux foyers également endettés.

Les deux foyers emploient 30 % de leurs revenus pour rembourser leurs emprunts, mais leur situation financière est bien différente :

- le premier foyer a totalement emprunté pour constituer son patrimoine (deux crédits : pour leur résidence principale et pour leur véhicule),

- le second a emprunté pour acquérir une résidence secondaire, ils sont propriétaires de leur résidence principale.

C'est clair, dans le second cas l'importance de la dette est à relativiser, car en face du passif qu'elle représente on peut évaluer un actif.

Il en va de même au niveau de la France : il faut placer les actifs publics en regard de la dette, qu'ils viennent donc réduire. C'est un grand débat que d'évaluer ces actifs — évaluation que l'on soupçonne d'avoir pour seul but de sous évaluer la dette.

Ne rentrons pas dans ce débat, retenons simplement que nous sommes dans un pays riche qui possède un patrimoine important (immobilier, monuments, oeuvres d'art).

Ensuite, il ne faut pas se laisser abuser par les calculs qui répartissent la dette sur tous les individus — pour aboutir à plusieurs dizaines de milliers d'euros par personne. Ce serait oublier qu'une bonne partie des dépenses de l'État a pour origine les différentes aides sociales (allocations, sécurité sociale, etc.) et qu'ainsi une partie de la dette nous est redistribuée.

* Source des chiffres 2009 CIA The World Factbook