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Le bonus des traders, cause de la crise financière ? PDF Imprimer Envoyer
Comprendre les marchés - Le contrôle des opérations
Écrit par Jean   
Mercredi, 26 Août 2009 21:47

Est-il possible de parler calmement de la rémunération des traders ? Pourquoi pas ?

Le sujet est épineux, pas seulement parce qu’il déclenche des polémiques, mais aussi parce qu’il a de multiples et complexes facettes et met donc en avant de multiples questions.

Question de la justification des rémunérations en fonction de la valeur apportée à l’entreprise

(mais comment mesurer cet apport ?).

Question de la justification morale des écarts importants de revenus, au sein d’une même entreprise ou bien au niveau global de la population — sujet délicat, surtout en temps de crise.

Question du mode de calcul d’une rémunération variable : de la durée de validité d’un mode de calcul donné et modalités de modification de ce mode de calcul.

Et enfin, spécialement dans l’univers de la finance, détermination de la référence de temps pour un calcul donné. Attendre que l’opération soit totalement débouclée peut prendre plusieurs années, ou base-t-on le calcul sur le gain potentiel espéré au moment du démarrage de l’opération ?

Ce dernier point — assez technique, mais intéressant — fait l’objet d’un article séparé : un bonus équitable


Pour bien cibler mon propos, je vais ici me limiter à essayer de montrer que la relation entre niveau de bonus et prise de risques n’est pas si évidente.


Je serai direct : les faillites ou les graves difficultés récentes de certains établissements bancaires, n’ont pas pour origine les rémunérations — même abusivement élevées— des intervenants.

La crise a été déclenchée par des prises de risques excessives ayant pour origine des objectifs de rentabilité exagérément ambitieux.


Aujourd’hui, le débat sur la rémunération des traders pose comme principe que le caractère excessif de cette prise de risques est essentiellement motivé par l’importance des bonus en jeu. Ce n’est pas si simple ! Voyons pourquoi.


Le premier paramètre, avant le montant du bonus, c’est l’objectif à atteindre, Dans toute banque, ce n’est pas le trader qui fixe ses propres objectifs : c’est la Direction Générale. Cette dernière est responsable de la stratégie, qui va définir — pour l’année à venir — le budget de fonctionnement des différents métiers.

Ce budget comprend aussi bien les charges — salaires et bonus… — que les volumes d’opérations (le chiffre d’affaires) et les profits estimés.

Au trader d’atteindre ses objectifs — s’il veut son bonus.


La catastrophe ne peut survenir que lorsque les opérations passées sont trop risquées et qu’il en résulte un volume trop important de pertes potentielles. Rappelons que le principe du contrôle des banques est de comparer risque encouru et capacité à éponger les pertes (avec les fonds propres).

Donc, que le bonus soit élevé ou non, les premières questions à poser sont « peut-on atteindre l’objectif ? » et, dans l’affirmative, « ne dépasse-t-on pas la limite acceptable de risque de pertes ? ».


Mettons nous à la place du trader : il va faire son possible pour atteindre son objectif. Si le but est réaliste, le trader va faire son métier et, s’il est compétent, il atteindra ou même dépassera son objectif. Dans le cas contraire, le but est difficile — voire impossible — à atteindre, le trader va donc prendre plus de risques en espérant plus de gains, et là…


On peut faire remarquer que plus le bonus est élevé, plus l’incitation est forte. En effet, rares vont être ceux qui diront — par générosité ou par paresse — « la moitié me suffit ». Mais ce n’est pas si simple : un bon professionnel, parce qu’il estime correctement les risques, pourra se dire « en fonction du contexte, je m’arrête à la moitié plutôt que de tout perdre » et il fera ce choix d’autant plus facilement que la moitié acquise est significative.


Inversement, limiter le bonus c’est forcer le trader à atteindre son objectif pour en toucher l’intégralité.

D’une part, parce qu’il considèrera que « la moitié n’est vraiment pas assez », d’autre part, parce qu’il aura moins de scrupules à risquer de perdre une somme relativement faible.


Vous jouez à quitte ou double : pour 10 euros de gagnés, vous direz sûrement « double ! », mais pour 10 millions ?


Pour éviter les situations dangereuses, il faut réviser l’objectif en cours d’année, en fonction du contexte.

Au départ « on te promet 1 000 si tu atteins 1 000 000 ». Puis ça se gâte. Comme 1 000 000 ce n’est plus réaliste, on va passer à « on te promet 500 si tu atteins 500 000 ». La banque peut même maintenir 1 000, si elle a peur de voir le trader partir vers un établissement plus généreux.


L’inconvénient ? On pouvait peut-être atteindre 700 000 et notre bon trader va sûrement s’en tenir à 500 000.

Tout l’art est donc de bien fixer la limite et de s’y tenir, tant pis si l’on a été trop prudent.

Cette dernière remarque montre bien que le véritable enjeu est la compétence : viser la meilleure rentabilité en restant dans les limites, plutôt que prendre des risques exagérés au risque de tout perdre.