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Suite de notre relecture de Zola... 
Nous nous situons vers la fin du roman et surtout vers la fin des projets du héros. Rappelons-le, il s'agit d'Aristide Saccard et de son projet de création de la Banque universelle (voir notre résumé). Saccard est ruiné, victime de son trop gros appétit qui l'a poussé à succomber à des pratiques illicites pour faire monter artificiellement les cours de "sa" banque. Son adversaire, Gundermann, persuadé que cette croissance artificielle va bientôt s'arrêter, a joué donc à la baisse et a gagné — après une lutte sans merci, riche en suspense. Pourtant, lisons la suite...
"En effet, Gundermann, un des premiers, s’était offert, pour éviter l’immédiate déclaration de faillite, avec l’extraordinaire sens pratique d’un monsieur, qui, forcé de mettre le feu chez un voisin, se hâterait ensuite d’apporter des seaux d’eau, afin que le quartier entier ne fût pas détruit. Il était au-dessus de la rancune, il n’avait d’autre gloire que d’être le premier marchand d’argent du monde, le plus riche et le plus avisé, ayant réussi à sacrifier toutes ses passions à l’accroissement continu de sa fortune." Belle image qui définit bien la lutte contre ce fameux risque systémique : éteindre le feu avant qu'il ne se propage autour. À ceci près que dans le roman, si Gundermann est bien celui qui a "carbonisé" Saccard, c'est néanmoins ce dernier qui — poussé par sa cupidité — est à l'origine de la catastrophe. C'est pourquoi il est tout naturel de ressentir là une certaine injustice : il ne s'agit pas de sauver un innocent, mais un coupable. Il n'y a pas à nier ce côté injuste — qualifié d'aléa moral — mais c'est le prix à payer pour éviter la catastrophe. Plus exactement : le prix à payer pour éteindre un plus grand incendie sera plus élevé. La chute de la banque Lehman Brothers, il y a tout juste un an, nous a — hélas — donné à voir que laisser brûler plutôt que de payer pouvait ensuite coûter fort cher à tout le monde.... |