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Dans Propos d'Économique, le philosophe Alain (voir mon précédent article) déclare : l'Argent est bête.
Énoncé tout cru, le propos est un peu trop direct. L'Argent, c'est entendu, a une forte valeur symbolique qui en fait bien plus qu'une simple chose. Mais de là à lui attribuer une (in)capacité de pensée... Heureusement, un peu plus loin, Alain précise : "Un homme de coupons et d'affaires se condamne à n'avoir que des opinions sur lesquelles il gagne ; c'est dire qu'il attelle son esprit à sa fortune ". Il vaudrait donc mieux dire "L'Argent rend bête.". Voilà qui nous éclaire ou — au moins — nous permet d'entamer une réflexion très actuelle.
Représentons-nous un financier ou un trader : son unique objectif est de réaliser des opérations rentables. Ainsi va-t-il, pour profiter d'une hausse, acheter un titre pour le revendre deux mois plus tard. Puisque le titre a pris de la valeur, nous sommes impressionnés par tant de clairvoyance et trouvons tout naturellement que cet individu est bien intelligent. Adoptons un autre point de vue : acheter une action, c'est participer au capital d'une entreprise, c'est donc s'intéresser à son développement. Bien entendu, cette participation n'est pas désintéressée, on pense que l'entreprise en question va réussir et donc que ces actions vont prendre de la valeur. Mais que penser de cet homme, fervent supporter en mars, qui change d'avis et revend ses parts en mai ? Encore plus instructif — on pourrait même trouver cela cocasse — les dispositifs de contrôle des activités de marchés ont pour objectif de s'assurer que les opérateurs ne soient pas "trop intelligents". Cette démarche qui a pour but de dépister les comportements frauduleux est, bien entendu, tout à fait légitime. Elle consiste à vérifier que les activités professionnelles des opérateurs ne génèrent pas de profit personnel — autres que salaires et bonus officiels. Mais ce n'est pas tout, en se laissant guider par le profit ou, plus exactement par la rentabilité, non seulement on est effectivement conduit à changer d'avis sans autre raison que gagner de l'argent, mais dans ce choix d'investissement on peut aussi en arriver à oublier la nature positive ou négative de l'investissement. C'est bien le cas lorsqu'on joue la baisse et que l'on gagne de l'argent sur la perte — et même la faillite — des autres. |