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Cette suite de la première partie est intégralement réservée à un personnage important : Gundermann, l'adversaire de Saccard, Gundermann le banquier juif. Il incarne la toute-puissance, il est "le banquier roi, le maître de la Bourse et du monde". Implicitement, Zola affirme par cette description que maîtriser la Bourse vous place au-dessus du commun des mortels, cela permet de mieux comprendre l'ambition de Saccard : vaincre Gundermann, c'est devenir maître du monde, pas moins. Le personnage est quelque peu caricatural, ce qui n'est pas surprenant dans la mesure où il symbolise la haine qu'éprouve Aristide Saccard envers les juifs ("Ah ! le juif ! il avait contre le juif l’antique rancune de race" , ..., "son effréné besoin de revanche, abattre Gundermann, cela le hantait d’un désir chimérique"). Les descriptions forment une longue liste d'idées reçues... D'abord, Gundermann est décrit comme avare : "il le regarda entrer chez un confiseur, d’où ce roi de l’or rapportait parfois une boîte de bonbons d’un franc à ses petites-filles". Il a une très grande famille : "Il avait cinq filles et quatre garçons, dont trois filles et trois garçons mariés, qui lui avaient déjà donné quatorze petits-enfants". Il attire et absorbe la richesse comme un aimant attire le fer : "Maintenant, tous les fleuves de l’or allaient à cette mer, les millions se perdaient dans ces millions, c’était un engouffrement de la richesse publique au fond de cette richesse d’un seul, toujours grandissante ; et Gundermann était le vrai maître, le roi tout-puissant, redouté et obéi de Paris et du monde". Et c'est un mauvais Français : "Ah ! ce Gundermann ! un Prussien à l’intérieur, bien qu’il fût né en France ! car il faisait évidemment des vœux pour la Prusse, il l’aurait volontiers soutenue de son argent, peut-être même la soutenait-il en secret !" . Il ne vit pas comme tout le monde : "Souffrant depuis vingt ans d’une maladie d’estomac, il ne se nourrissait absolument que de lait", une façon détournée d'évoquer des interdits alimentaires ? Dernier fantasme, l'ennemi caché : "Gundermann seul affectait de ne jamais mettre les pieds dans la grande salle (NDLR la Bourse) ; il n’y envoyait même pas un représentant officiel, mais on y sentait une armée à lui, il y régnait en maître absent et souverain, par la légion innombrable des remisiers, des agents qui apportaient les ordres, sans compter ses créatures, si nombreuses, que tout homme présent était peut-être le mystérieux soldat de Gundermann. Et c’était contre cette armée insaisissable et partout agissante que luttait Saccard, en personne, à front découvert." Alors se pose la question : Zola pourrait-il être antisémite ? En effet, en lisant le roman, on est surpris de la violence des propos "Est-ce qu’on a jamais vu un juif faisant oeuvre de ses dix doigts ? est-ce qu’il y a des juifs paysans, des juifs ouvriers ? Non, le travail déshonore, leur religion le défend presque, n’exalte que l’exploitation du travail d’autrui". Cette violence atteint un sommet — difficilement supportable — lorsque Zola décrit les "pieds humides", qui est la petite bourse des valeurs déclassées (on dirait aujourd'hui "junk bonds" ou "penny stocks"), voyez plutôt : "Il y avait là, en un groupe tumultueux, toute une juiverie malpropre, de grasses faces luisantes, des profils desséchés d’oiseaux voraces, une extraordinaire réunion de nez typiques, rapprochés les uns des autres, ainsi que sur une proie, s’acharnant au milieu de cris gutturaux, et comme près de se dévorer entre eux.". Pas de confusion. Zola est un grand romancier. Lorsqu'il décrit un antisémite, il en reprend tout le caractère avec la puissance d'un grand écrivain. Le résultat fait froid dans le dos, c'est cela le talent. Supposer que Zola lui-même puisse être antisémite est exclu. N'oublions pas qu'il fut un fervent défenseur du capitaine Dreyfus (le célèbre article "J'accuse" dans l'Aurore en 1898). Il a également publié dans Le Figaro le 16 mai 1896 un article intitulé "Pour les Juifs" qui déclenche la fureur des antisémites. Le texte est une condamnation ferme — et même violente — de l'antisémitisme : "Depuis quelques années, je suis la campagne qu'on essaye de faire en France contre les Juifs, avec une surprise et un dégoût croissants. Cela m'a l'air d'une monstruosité, j'entends une chose en dehors de tout bon sens, de toute vérité et de toute justice, une chose sotte et aveugle qui nous ramènerait à des siècles en arrière, une chose enfin qui aboutirait à la pire des abominations, une persécution religieuse, ensanglantant toutes les patries. Et je veux le dire."
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