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C'est entendu, le temps passe et la crise est loin d'être terminée. Toutefois, il s'est écoulé assez de temps pour que l'on ait un meilleur aperçu de la situation des banques. Certaines ont disparu — ou ont été rachetées — d'autres recommencent à prospérer. Comme le disait le milliardaire Warren Buffet : c'est lorsque la mer se retire que l'on voit quels nageurs étaient nus...
Reste une question qui — curieusement — ne fait pas la une des journaux. Ou du moins dont on parle moins que du bonus des traders... Que sont devenus les actifs pourris ? Pardon, on parle de créances toxiques, c'est plus joli. Enfin... si l'on veut, parce que, si le terme actifs pourris fait penser à quelque fruit bon à jeter, parler d'actifs toxiques évoque plutôt les catastrophes style Seveso et ses déchets que l'on enterre sans trop savoir jusqu'à quand et à quel point ils vont nous empoisonner. Revenons à la question : que sont-ils devenus ? Une seule solution : créer des structures de défaisance (appelées également "Bad Banks").
Tout le monde a en mémoire le Crédit Lyonnais et son "Consortium de Réalisation" et, du coup, on imagine que ce sont toujours les États qui rachètent les créances et donc que la facture va être réglée par nous autres citoyens. En fait, cela n'est pas une fatalité et ces structures de défaisance ne sont pas toujours garanties par les États. Ainsi, le stock de créances toxiques de Natixis va être "re-traité" dans une structure de ce type, qui ne sera pas garantie par l'État — et donc pas par nous — mais par le Groupe BPCE, nouveau nom pour les Banques Populaires et Caisses d'épargne fusionnées. Quel est l'intérêt d'une telle structure interne ? Comme d'habitude nous allons le voir au moyen d'un exemple. Monsieur et madame TUTOFI forment un foyer fiscal et disposent d'un patrimoine. Hélas, monsieur a placé une bonne partie de leur argent en actions et les cours ont chuté. Ils sont même susceptibles de chuter encore. Monsieur TUTOFI a ainsi placé 100 000 euros qui, au cours d'aujourd'hui, n'en valent plus que 40 000 (snif !). Et, malgré la crise, monsieur TUTOFI, qui a un projet à réaliser, veut emprunter de l'argent à son banquier. Comme les temps sont durs, notre banquier va se renseigner sur sa situation financière et lui demander des garanties. Monsieur TUTOFI voudrait bien apporter en garantie les titres qu'il possède et qui représentaient 100 000 euros, mais il y a un problème : ces titres ne valent plus que 40 000 euros et rien ne prouve que, dans trois mois, son capital ne va pas se déprécier davantage et tomber à 20 ou même 10 000 euros. Le banquier est prudent et se méfie des marchés. Il n'acceptera peut-être pas les titres comme garantie, ou, au mieux, il leur attribuera une faible valeur (peut-être 15 000). Par conséquent, Monsieur TUTOFI ne pourra pas emprunter autant d'argent qu'il le souhaite : sa solvabilité s'est détériorée. Comment faire ? Appliquer le principe d'une structure de défaisance. Il se trouve que madame TUTOFI — grâce à un héritage — est beaucoup plus riche que son mari. Elle va racheter les actions de monsieur pour la somme de 40 000 euros. Ce dernier pourra donc se présenter devant son banquier et donner les 40 000 euros en garantie : sa solvabilité s'est beaucoup améliorée. Pendant ce temps, madame TUTOFI conserve les actions et advienne que pourra : au final, il n'est pas certain qu'elle y perdra. Mais voyons le bilan de l'opération.1 - Monsieur TUTOFI achète pour 100 000 euros d'actions 2 - Il solde sa perte à 60 000 euros, en revendant les actions 40 000 à madame 3a - les actions chutent encore et madame "craque" et revend à 20 000 : la perte finale est de 80 000 répartis en 60 et 20 000 3b - les actions remontent et madame fait un petit bénéfice en revendant à 60 000 : la perte finale n'est plus que de 40 000 Comme on le voit, au niveau du foyer — au niveau consolidé — l'opération suit son cours plus ou moins favorable. Quel est donc le bénéfice d'une telle opération "interne" de rachat ? Au niveau individuel, monsieur TUTOFI a revendu un actif "pourri" — dont il est impossible de déterminer la valeur future — et il a ainsi matérialisé sa perte qui ne pourra plus être supérieure à 60 000 euros. Il a effectivement perdu de l'argent, mais sa situation s'est stabilisée et il a pu emprunter. De son côté, madame TUTOFI a hérité du risque de perte sur les 40 000 euros restants. Ce transfert n'a de sens que parce qu'elle est beaucoup plus riche que monsieur et qu'une telle perte n'aurait pas de graves conséquence pour elle. Conclusion : il s'agit bien d'une procédure de sauvegarde. Les pertes finales ne sont pas évitées, mais elles sont transférées sur une structure plus solide et la filiale — même si elle a subi des pertes — a ainsi retrouvé la stabilité. Bien entendu, cela ne peut fonctionner que si l'établissement en difficulté peut être soutenu par sa maison-mère en meilleure santé. Dans notre exemple, si madame TUTOFI n'avait pas été aussi riche, l'opération n'aurait eu aucun sens. C'est dans ce type de situation que l'on se tourne vers l'État pour reprendre les actifs et là, en effet, c'est bien nous qui payons. |